
Paul Krugman, didacticien dans l'âme, propose une analyse des causes de la crise profonde frappant l'Espagne, qui pour lui est un cas d'école illustrant les impasses faites lors de la création de l'euro. En l'absence de politiques économiques coordonnées et du correctif automatique apporté par la variation des cours des devises, rien ne vient résorber les déséquilibres existant entre les pays membres de l'Union monétaire, et la crise actuelle agit comme un révélateur de ses faiblesses structurelles. --- Si la situation décrite par Krugman n'est guère contestable, il convient cependant de la remettre en perspective. Les anglo-saxons éprouvent une forme de lâche soulagement et se sentent moins seuls à la vue de difficultés de l'Europe continentale. Pour autant, si c'est aujourd'hui la Grèce et au-delà les pays faibles de l'eurozone qui tiennent le devant de la scène, leur cas n'est qu'une illustration parmi d'autres des difficultés partagées par l'ensemble des pays dits développés. Les finances des USA, du Japon, de la Grande Bretagne sont dans une situation à peine moins déplorable et la Grèce ne doit son triste privilège qu'au fait qu'elle est la proie la plus facile dans un troupeau d'éclopés. La masse de capitaux flottants censée représenter la richesse du monde cherche avant tout à se protéger en ces temps troublés, mais les réflexes prédateurs sont toujours là. Au moindre signe de faiblesse, excités par l'odeur du sang (c'est le vocabulaire en usage dans les salles de marché), les traders parient à la baisse et amplifient les désordres du monde, en une spirale destructrice. L'Europe n'est pas absoute pour autant, loin s'en faut. Depuis trop longtemps, elle vit dans un état de somnambulisme, entre incantations incessantes à ses principes fondateurs, sa vocation universaliste, et un déni de réalité. Pourvue des attributs d'une institution politique rassemblant les peuples, elle n'en assume aucune responsabilité sur le plan social ou économique, nos dirigeants ayant choisi en une coupable facilité de s'en remettre à l'intervention de la main invisible. L'élargissement à l'Est fut exemplaire à ce titre. Décrété nécessité historique en raison des grands principes, aucun accompagnement budgétaire, aucune planification de convergence, aucune réelle solidarité ne furent mises en œuvre. Ce faisant, ces pays ne pouvaient choisir d'autre voie que celle de l'endettement et du moins disant social et fiscal. Et lorsque le sauvetage est devenu inévitable, l'Europe s'en est remise au FMI. Que cette crise s'aggrave, et l'Europe révèlera sa réalité : celle d'un grand corps malade, trop vite cousu de membres épars, et dépourvu d'un système nerveux à la taille de son organisme. Contre Info.