Un petit mot pour vous dire que j’ai cumulé de courtes vacances puis énormément de travail… Je reprends très rapidement du service dès que la qualité du réseau internet le permet.
Claire.
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Un petit mot pour vous dire que j’ai cumulé de courtes vacances puis énormément de travail… Je reprends très rapidement du service dès que la qualité du réseau internet le permet.
Claire.
La meilleure métaphore pour expliquer le travail du journaliste en Afghanistan est celle de l’équilibriste: il marche sur une corde, une fine corde au-dessus du vide. Le passage peut se passer mille fois sans incident, avec du stress, des risques certes, mais l’équilibriste passe. Par contre le jour où il tombe, la chute est douloureuse. Il n’y a pas de faux-pas possible.
Les Afghans paient le plus lourd tribu et le savent: ils sont bien peu nombreux aujourd’hui à travailler dans des zones à risques, à approfondir les sujets qui fâchent: black-listés, questionnés, emprisonnés, enlevés, battus, abattus, égorgés… Les étrangers sortent peu de Kaboul ou seulement avec les soldats étrangers.
La criminalité croissante rend le travail des reporters souvent plus dangereux que les combats. Il ne faut pas critiquer publiquement les activités illégales d’un seigneur de guerre, d’un policier, d’un insurgé, d’un trafiquant de drogue, d’un officiel ou d’un politique; même si elles sont connues de tous.
Mais la politique du conflit s’ajoute aussi: quand les journalistes n’ont pas, d’eux-mêmes, pris partie dans le conflit, on leur demande de le faire. Les forces étrangères ne font d’ailleurs pas exception. L’Afghanistan est une guerre de communication, chacun défend son “bout de gras” comme la vérité.
Conséquence: les journalistes étrangers et afghans sont de plus en plus considérés comme des espions, des portes-micros de propagandes, comme une menace. Ou comme un butin.
Conséquence: traverser les zones de combats devient, justement, le parcours du combattant. Il faut se cacher des policiers corrompus, des insurgés corrompus et des bandits qui peuvent organiser un enlèvement contre rançon. Il faut prouver aux Taliban que les journalistes ne prennent (normalement) pas position dans le conflit. Compliqué quand on se trouve dans des régions tenues par une trentaine de groupes rebelles différents.
Comment alors vérifier les déclarations données par les différentes parties engagées dans le conflit? Comment faire notre travail de journaliste?
L’information en pâtit lourdement. Nous présentons souvent un Afghanistan travesti, loin de la réalité. Un Afghanistan de parodie.
http://www.france24.com/fr/20090410-reporters-sud-afghanistan-population-civile-conditions-vie-humanitaire-coalition-taliban-combats-survie

Séance de tirs à deux cents mètres pour cet officier afghan. Il est élève au camp d’entraînement militaire de Kaboul, en formation pour passer chef d’unité. Le capitaine qui tient les rênes doit préparer ce jeune lieutenant (et 129 autres) à diriger une trentaine d’hommes.

Entraîner les officiers est facile pour ceux qui sont professionnels. Mais c’est plus dur quand on ne l’est pas. Ce n’est pas une tâche facile, on doit toujours faire attention à tout. L’armée afghane est en progrès et a d’ailleurs beaucoup progressé. Elle commence doucement à se tenir seule sur ses pieds.ITW Capitaine Abibullaq. Armée nationale afghane. Kaboul. Afghanistan.
En arrière, ceux qu’on appelle les Mentors. Une cinquantaine de militaires français, dans le cadre du programme Epidote, est chargée de conseiller les formateurs afghans… Quelque 8000 soldats, officiers, sous-officiers et hommes du rang, sont en phase d’apprentissage sur le Camp d’entraînement militaire de Kaboul. Mais la formation de l’armée afghane continue aussi sur le terrain, une fois les hommes déployés.

Direction la province du Wardak, voisine de Kaboul, avec les soldats français. Les hommes font partie des OMLT, les équipes de liaisons et de mentors opérationnels : ils sont intégrés au 201è Corps de l’armée afghane. Postés en petits groupes sur des bases avancées, ils instruisent, vont au combat avec les soldats afghans et apportent l’appui aérien en cas de besoin. Leur présence, selon les critères militaires occidentaux est toujours nécessaire, même si les soldats afghans ne sont pas toujours ravis de voir des étrangers les conseiller…

Ils ont essentiellement un besoin en termes de coordination. Savoir gérer différents éléments, notamment des appuis et être capables de se coordonner sur le terrain lors d’une mission. Ils ont un peu tendance, on va dire, à être vaillants, sans tenir compte des différents éléments à manœuvrer.Capitaine Jean-Philippe. Programme OMLT. Province du Wardak, Afghanistan.
Ces soldats français ne sont pas sous commandement des forces de l’Otan en Afghanistan, mais de la coalition américaine qui a lancé un vaste programme de formation. Un programme que Barack Obama souhaite renforcer, avec l’envoi de 4000 soldats américains supplémentaires cette année. La nouvelle stratégie des Etats-Unis implique l’armée, mais aussi la police afghane. L’objectif est de doubler les effectifs pour fin 2010 et rendre les forces de sécurité autonomes, le plus rapidement possible.

Ils doivent parler avec les Taliban. Ce sont les fils de notre pays. Il faut absolument que le gouvernement leur parle pour qu’on ait la paix.
Habitant de Tchar Asiab, un petit village à l’entrée de la province de Kaboul.

On parle de plus en plus aujourd’hui, en Afghanistan, de négocier avec les Talibans. A la façon afghane, on se rencontre, on s’assoit autour d’une tasse de thé, on écoute les griefs des uns et des autres et on discute. Une approche envisagée aussi par l’administration américaine dans sa nouvelle stratégie pour l’Afghanistan. Les négociations font partie de la solution politique. Mais comment discuter et surtout avec qui ? Qui sont les Talibans aujourd’hui ?

Littéralement, Taleb veut dire étudiant, d’université et d’école religieuse. Mais le mot Taliban a pris un sens politique et désigne aujourd’hui l’ensemble des groupes armés d’opposition au gouvernement, qui disent vouloir libérer l’Afghanistan de l’occupation, s’affranchir des occupants. Je ne crois pas que le mot Taliban aujourd’hui soit utilisé dans son sens littéral, mais seulement politique.
Wakil Al Motawakil, Ministre des Affaires étrangères sous le régime Taliban.
La question d’imposer une pratique intégriste de l’Islam paraît secondaire aujourd’hui pour les Taliban. Certains analystes parlent même de “nouveaux Taliban”. Les combattants ne sont plus seulement des chefs religieux ou des élèves de Madrasas. Que ce soit sous la bannière des Talibans ou du Hezb-e-Islami -une faction qui combat à leurs côtés- on rencontre des anciens Mudjhaddin, des anciens Taliban, des Nationalistes et… Un nombre croissant de civils. Ils ont rejoints ces trois dernières années les rangs de l’opposition armée contre les autorités afghanes et les forces étrangères.

Comme le gouvernement est très faible, corrompu, qu’il n’a pas travaillé pour la majorité des gens, n’a pas réglé le problème du chômage dans les zones où il y a des combats aujourd’hui, il n’a pas apporté la Justice à cette société. C’est pourquoi les gens vont plus vers les Taliban. Ce sont eux qui peuvent faire respecter l’ordre, régler les violentes histoires de guerres entre familles, entre clans, parce qu’ils représentent la Justice et sont puissants au niveau local.
Wahid Safi. Légiste et politologue pour l’Organisation Internationale du Droit au Développement.
Quand Barack Obama parle de Talibans modérés, il ne parle pas de “modération” dans la pratique de la religion. Il désigne les combattants potentiellement ouverts aux pourparlers, qui pourraient refuser la présence des djihadistes et d’Al-Qaïda en Afghanistan. Wahid Safi estime le nombre de combattants étrangers à plusieurs centaines mais parmi eux, le nombre de membres d’Al-Qaïda, voulant attaquer l’Occident sur son territoire, est inconnu.
Le sénateur Arsala Rahmani fait partie d’un groupe qui a entamé des discussions avec les Talibans, notamment avec le réseau particulièrement actif de la famille Haqqani et il explique pourquoi le processus est compliqué.

Le gouvernement demande que les Taliban rendent leurs armes et arrêtent de combattre. Et les Taliban disent que les forces étrangères doivent partir, que tant qu’elles seront en Afghanistan, elle seront considérées comme des occupants et qu’ils ne seront pas prêts à discuter. Toutes ces conditions sont aberrantes, évidemment inacceptables. Donc nous essayons d’abord de mettre d’accord les deux parties sur des requêtes qui soient négociables.
Il ajoute que les Taliban et le Hezb-e-Islami n’ont pour le moment aucun intérêt à abandonner leurs appuis étrangers, alors que le gouvernement afghan a le soutien croissant des forces de l’Otan et de la coalition américaine… Par ailleurs, les insurgés n’ont aucun intérêt à négocier -en tout cas officiellement- une trêve nationale alors qu’ils sont en position de force.
Difficile de trouver un terrain d’entente. Face à une insurrection aussi fragmentée, l’une des solutions est peut-être de négocier au niveau local. Comme le font déjà dans le Sud du pays, certaines armées étrangères et surtout les Afghans. Quand les combats diminuent parfois, ça ne veut pas nécessairement dire que les Taliban sont partis, mais qu’ils ont passé un accord avec les forces gouvernementales locales: laissez-nous tranquilles, on vous laisse tranquille… Arrêtez d’attaquer les étrangers, ils arrêteront de venir…

Un nom, une empreinte digitale et une photo pour les hommes. Voilà un électeur afghan de plus dans la province du Helmand, au Sud de l’Afghanistan. A Lashkar Gah, la capitale, la Commission électorale indépendante est à pied d’œuvre. L’enregistrement des votants vient de se terminer et il faut maintenant envoyer les listes électorales à Kaboul.

Au total, 149016 personnes se sont inscrites sur les listes électorales du Helmand. Cela représente à peine 15% de la population estimée de la province, pourtant l’une des plus grandes et des plus peuplées du pays. Mais c’est une province en proie à de violents combats et les autorités afghanes ne la contrôlent pas.

Abdul Hadi, responsable de la Commission électorale indépendante pour le Helmand.
Cinq districts de la province de Helmand n’ont pas pu être recensés. C’est ennuyeux qu’on ne puisse pas donner à tout le monde la possibilité d’exercer son droit de vote dans la province. Mais nous avons un plan: si la situation sécuritaire s’améliore, nous allons reprendre le recensement dans les districts.
Difficile dans ces conditions de parler d’élections libres et équitables, comme le stipule la Constitution afghane. D’autant qu’une question plus grave se pose aussi, celle de la fraude électorale… Retour à Kaboul : un habitant de la capitale accepte de témoigner sur cette pratique. Seule condition, on ne doit pas reconnaître son identité. Il a pris sept cartes d’électeur.

Le jeune homme dit que cette pratique est courante et explique pourquoi :
la rumeur court, que les candidats à l’élection vont nous donner de l’argent si on vote pour eux. Plus on a de cartes, plus on peut gagner de l’argent, c’est pour ça que j’en ai pris autant. Ici, la Démocratie est seulement sur le papier…
Faux électeurs, manque de transparence… Le processus électoral est largement décrié par la majorité des Afghans qui estime que la fraude est généralisée. Comment alors parler de Président légitime? Et comment parler de Démocratie?
L’Afghanistan est confronté à bien des difficultés pour la deuxième élection présidentielle de son histoire. Une élection financée par la communauté internationale et les Nations Unies à hauteur de quelque 230 millions de dollars.
L’année commence bien dans la capitale afghane. Enfin, une bonne nouvelle à raconter!
Quand on se promène dans les rues de Kaboul, quand on discute avec les chauffeurs de taxi, l’ambiance est plus détendue. La ville est un peu plus calme. Pourquoi? Les prix sont toujours aussi élevés, le taux de chômage aussi, les réfugiés sont encore dans leurs tentes glaciales et les criminels maffieux dans leurs palaces…
Mais justement pour ceux qui ont des maisons, l’électricité est arrivée. Depuis deux semaines, la ville brille la nuit comme le jour, l’électricité publique fonctionnant presque 24 heures sur 24. Incroyable! Le gouvernement afghan a acheté aux pays voisins de quoi apporter le sourire aux habitants de la capitale.
Curieusement, oui, 7 ans après l’arrivée des forces étrangères et le raz-le-bol de la population, l’électricité est enfin là. On vient aussi d’annoncer la tenue des élections présidentielles pour le mois d’aôut. Coïncidence fortuite?
Dans la boucherie, les quartiers de viandes sont pendus à des crochets métalliques et du grillage fait office de fenêtre. Sadakhan vient chercher de quoi nourrir sa famille pour la fin de semaine et discute avec le boucher de la situation de leur village, Char Asiab.

Heureusement, c’est calme ici et sécurisé. Mais juste à côté il y a des combats, remarque Sadakhan, portant la barbe longue et coquettement teinte au henné. Et vers le Sud, la situation est pire encore.
Il pointe du doigt la route goudronnée qui traverse le marché, en direction de la province voisine du Logar, à quelques kilomètres. Les vendeurs des échoppes installées le long de la chaussée regardent passer taxis, camions, hommes à moto en espérant un client.

Le village de Char Asiab est une des portes d’entrée dans la province de Kaboul, à une vingtaine de kilomètres en périphérie de la capitale afghane. Depuis un an, les habitants du village voient les attaques d’insurgés se multiplier autour d’eux. Les voitures de police circulent autour du village, les hélicoptères afghans survolent les habitations très bas pour ne pas faire des cibles trop faciles… On sent dans Char Asiab la tension des zones combats toutes proches…

Dans les districts voisins, il y a des Taliban, à un ou deux kilomètres d’ici, raconte le Capitaine Momen, commandant une section de l’armée nationale afghane. Il sourit derrière ses lunettes de soleil et pointe du doigt les collines environnantes. Les Taliban se cachent dans les montagnes, les villages voisins et le soir ils sortent et vont parfois faire leur publicité auprès des gens. Ils ont augmenté leurs activités comparé à l’année dernière... Les insurgés gagnent du terrain et se rapprochent de la capitale afghane.
A la sortie de Char Asiab, les taxis s’arrêtent et font le plein à la dernière station essence de la province de Kaboul. L’endroit idéal, encore sécurisé, avant de prendre une route où les checks-points de criminels sont quotidiens, le rançonnement des passagers devenu la norme.

Kandara, fabricant de brique regardent passer les voitures de l’intérieur de la maison de thé et remarque : oui, les Taliban sont ici, mais ils n’ont fait de mal à personne jusqu’à présent. Il faut que le gouvernement afghan négocie avec eux, parce que ce sont les fils de notre pays. S’ils prennent le village, nous les laisserons faire. Nous sommes trop fatigués pour combattre.
Manière de dire, que si les habitants doivent soutenir discrètement une des parties engagées dans le conflit, ce ne sera pas celle du gouvernemnt afghan et des forces étrangères.
Stratégie de l’insurrection?
Pourtant, même si les insurgés commencent clairement à encercler Kaboul, à être bien plus actifs dans toutes les provinces voisines depuis un an, leur stratégie n’est pas de prendre la capitale afghane. Ils n’en ont pas les moyens et le savent bien.
Nous ne voulons pas prendre Kaboul. Nous voulons montrer que nous sommes présents et faire une démonstration de force au gouvernement afghan et aux forces d’occuption jusqu’à ce qu’elles quittent notre pays, explique par téléphone Zabiullah Mudjahed, le très éduqué porte-parole de l’insurrection Talibane pour le Nord afghan.
Dans les zones vraiment froides, nous allons diminuer le combat cet hiver, mais pas dans Kaboul, bien au contraire…
Reportage dans la province de Kunduz, dans le Nord de l’Afghanistan, une zone considérée encore tout récemment calme, mais où les Allemands ont perdu deux soldats le 20 Octobre dans une attaque suicide. Sur place, on se rend compte que la population porte de moins en moins le gouvernement afghan dans son coeur. Illustration avec le fonctionnement de la Justice.
Pendant la guerre, Mohamed Amin et HAji Ahmad Khan son père ont quitté l’Afghanistan. A leur retour, ils ont eu la surprise de découvrir sur la propriété familiale, des maisons en construction. Ils sont en procès aujourd’hui pour récupérer leurs terres mais la Justice ne leur donne pas raison.

Haji Ahmad Khan: J’ai cet acte de propriété. Vous voyez le timbre officiel de la Cour Suprême. Et le chef de la Cour Suprême, je l’ai appelé et je lui ai demandé pourquoi il ne donnait pas son verdict. Et le juge m’a dit qu’il avait été menacé. On lui a dit que s’il passait ce jugement, ça ne serait pas bon pour lui.
Des propos inquiétants qui témoignent de l’état du système judiciaire afghan. Direction la Cour de Justice de Kunduz. Ici, on reçoit plusieurs centaines de personnes par jour.

La majorité des litiges concerne des propriétés, des terrains, des accès à l’eau pour irriguer les champs. Après 30 ans de guerre, les documents légaux se font rares et il est difficile de dire qui possède quoi. Conséquence : les vols se sont multipliés.

Mohamad Nahim: un grand nombre de terres a été pris à la population par des gens puissants et c’est pourquoi il y a tant de conflits, de dossiers qui ne sont jamais résolus. Quand une personne influente est d’un côté d’un cas, le bénéfice décline toujours vers ce côté. Et s’il y a un cas avec des documents légaux, si le juge ne peut rien faire, il font juste traîner le dossier.
L’inefficacité de la Justice n’est clairement pas le seul problème. La corruption aussi : les hommes qui ont de l’autorité, du pouvoir ou de l’argent passent au-dessus des lois. Morad Ali, le chef de la Cour de Justice est d’ailleurs le premier à le reconnaître.

Vous n’avez pas entendu l’autre jour ? Un fils de parlementaire a commis un viol… Mais il est en liberté parce que c’est le fils d’un Parlementaire. Et les seigneurs de guerre aussi, dans leurs zones, ont beaucoup de pouvoir. En fait, ils font ce qu’ils veulent…
La première cause de violence en Afghanistan n’est pas le conflit entre forces gouvernementales, étrangères et insurgés Taliban. Ce sont les disputes locales qui tournent souvent au drame. Une mère de famille a accepter de témoigner mais pour sa sécurité et celle de ses proches, aucun lieu ne doit être reconnaissable, aucun visage filmé. L’anonymat le plus complet.
Ils ont attaché les jambes et les bras de mon mari, l’ont enfermé dans la salle de bain et on bloqué la porte. Un des hommes est ensuite monté à l’étage et les autres sont allés vers ma fille. Ils sont allés vers elle et ont fait leur travail. Je l’entendais crier et pleurer.
La mère n’arrive pas à dire le mot : viol. Le viol de sa fille de 8 ans, qui est assise à ses côtés dans la pièce. Deux semaines plus tard, les coupables sont connus mais ils sont en liberté.
L’un d’eux s’est échappé du bureau du procureur et l’autre blessé par la police s’est enfui de l’hôpital. Ces personnes se sont enfuies… Enfuies ! Et qui est en train de les chercher ? Personne…
L’Afghanistan est classé parmi les dix pays les plus corrompus au monde…
A la prison de Kunduz, on patiente. Les quelque 400 personnes en détention ici attendent la visite d’un avocat, une date de procès, un verdict. Souvent depuis plus d’un an. Dans l’aile réservée aux femmes, Narges vit avec deux de ses sept enfants. Elle y a été enfermée il y a 6 mois.

Narges, prisonnière. Prison de Kunduz: je suis en prison parce que je n’ai pas d’argent. Je n’avais pas d’argent pour payer le procureur et le gouvernement et me voilà en prison. C’est l’argent qui compte. Quand vous avez l’argent, c’est bon, vous allez gagner sur tous les terrains. Mais sans argent, vous vous couchez.
Quand on demande à Abdul Kaim, le directeur de la prison, si des innocents peuvent être enfermé ici, sa réponse est explicite:
rien n’est très clair pour nous. Vous connaissez le pays : il y a eu 30 ans de guerre et beaucoup de rivalités entre factions et entre tribus. Et ce genre d’histoires est évidemment probable. Mais ce n’est pas notre travail, à nous, d’aller enquêter sur la situation des prisonniers.
Corruption, chantages, crimes impunis… Les obstacles à la reconstruction de l’Afghanistan semblent démesurés. Face aux défaillance du système judiciaire, une question se pose aujourd’hui : les autorités afghanes se donnent-elles vraiment les moyens de faire appliquer les lois ?

Il existe aujourd’hui des mots plus appropriés aujourd’hui que celui de “Taliban”: il serait plus juste de parler d’”opposition armée”, ou d’”insurgés”. Certains même utilisent le mot très connoté (entendu de la bouche d’un soldat français) de “résistants”.
Les Taliban eux-mêmes ne parlent pas tellement de “Taliban”, ou seulement pour décrire l’ensemble des combattants présents dans le pays. Les Afghans qui combattent les forces étrangères en Afghanistan se nomment Mudjahiddin (ceux qui font la guerre sainte), Fedayin (ceux qui sont prêts à mourir) ou Esticha’adin (ceux qui meurent en martyrs). Le mot Taleb (sing: étudiant en religion) n’a plus de sens: aujourd’hui en Afghanistan, l’opposition armée regroupe différents hommes, qui n’ont pas forcément les mêmes croyances, la même pratique de l’Islam, les mêmes buts ou les mêmes valeurs, mais qui se sont regroupés face à un ennemi commun: les forces étrangères et le gouvernement afghan qui les soutient.

Haji Mollah, insurgé (ci-dessus):
Pendant la guerre contre les Soviétiques, j’ai du quitter le pays pour le Pakistan à pied, il n’y avait pas de voiture. Et la terre coincée dans ma poche, la terre de mon pays, je l’ai gardée tout l’hiver. Quand je suis revenue au printemps, je l’ai redéposée en Afghanistan. Ecoutez, tout le monde aime son pays, tout le monde aime la liberté et voir son pays se développer. Mais le monde ne nous laisse pas avoir tout ça.
Nationalisme?
Nous avons passé beaucoup de temps, avec les hommes que je rencontrais pour la deuxième fois, à discuter de politique internationale, de la position des autorités françaises, américaines et du point de vue de la population qui a élue ces gouvernements. Ils sont intimement persuadés d’être victimes d’une invasion, de combattre une armée d’occupation qui maltraite la population afghane.

Commandant Abu Tayeb, insurgé:
Ils (les étrangers) se disent Démocrates, disent respecter les droits de l’homme. Vous pensez que c’est le cas ? Ils ont tué 90 civils en un seul endroit, 50 dans un autre. Ils ont bombardé un mariage. Pourquoi ont-ils fait ça ? Nous ne sommes pas irrespectueux comme ça avec notre Nation.
Il y a autre chose aussi : pourquoi essaient-ils de changer les gouvernements de tous les pays? Nous avons une expression pachtoune : chasse les voleurs de ta maison, mais ne les chasse pas plus loin que ta porte. Quand ils vont dans un pays, ils prennent le pouvoir politique et on a vraiment l’impression qu’ils ne s’intéressent à notre pays que pour l’occuper.

Le commandant qui nous a accueilli a sous ses ordres des combattants très différents les uns des autres. Haji Mollah a trente ans d’expérience de combat: il a lutté contre les Russes et le gouvernement afghan pro-soviétique, puis aux côtés des Taliban dns la guerre civile et depuis 2001 contre les forces étrangères. Hafiz a 20 ans et combat seulement depuis 3 ans. Akbar a pris les armes dans les années 90, pour lutter aux côtés des Taliban contre les différentes factions se déchirant dans le pays…

Séance de nettoyage des armes avant de partir en opération. Evidemment, ils restent très secrets sur le lieu, les plans ou les circonstances de leur attaque.

Séance de test des armes gros calibres et petite démonstration évidemment pour la caméra.


Départ au combat: info de dernière minute, nous pouvons les accompagner. On apprend sur les lieux que les hommes vont attaquer un poste de contrôle de la police afghane.
On vous dira plus tard de quel endroit le combat va commencer, quelle sera votre position et ce que vous devrez pas faire. Pas maintenant.
Qu’elle ne s’inquiéte pas. Ils ne sont pas capables d’attaquer, ils sont en position défensive. Rien ne lui arrivera, à moins qu’une balle vienne vers elle.
Nous, Musulmans, croyons ceci : si l’heure de ta mort est venue, on ne peut rien y faire. On ne peut pas gagner une seconde. Vous devriez y croire aussi.

Les bruits de tirs, d’explosions résonnent autour de nous. Une roquette nous passe au-dessus de la tête…
Regardez:
http://www.france24.com/fr/20080912-reporters-afghanistan-taliban-combat-attaque-insurges-kaboul-wardak-coalition-france
Mise au point:
Le but d’un reportage avec les insurgés n’est pas de “faire de la propagande”, “collaborer à une entreprise terroriste” ou encore “trahir la France”, comme j’ai pu douloureusement l’entendre dire. C’est au contraire de prouver que les Français (et d’autres) se sont battus avec raison pour la liberté de la presse et la liberté d’expression.
L’objectif est de montrer les diverses facettes d’un conflit complexe. Partir avec les différentes parties engagées permet de mieux comprendre la situation et de la présenter de façon beaucoup plus juste au public. Comme l’Otan, comme les forces américaines, comme les forces françaises, comme le gouvernement afghan, comme l’armée afghane, comme la police afghane, comme la population, comme les seigneurs de guerre, les insurgés ont un message à faire passer et leur vérité à défendre. N’importe quelle personne rencontrée par un journaliste a des raisons très personnelles pour s’exprimer. Le travail du journaliste est de rapporter tous les propos. Le travail du journaliste est de montrer que l’Afghanistan n’est pas en guerre depuis le 18 août mais depuis bien plus longtemps.
Mohamad Akbar Hakmal a pris les armes quand des paramilitaires pakistanais sont entrés en territoire afghan. Il a défendu la frontière afghane avec deux cents hommes après la mort de tous les policiers afghans au poste de contrôle. Mais il n’est pourtant ni policier, ni soldat, ni milicien. C’est un Arbakaï : un guerrier tribal afghan. Dans la vallée de Jaji, province de Paktya, ils sont entre 5 et 8000 à assurer la sécurité.

Toi, tu prends cette position. Vous les garçons : là-haut ! Vous avez compris ? Un par là. Allez, montez !
Les Arbakaï s’entraînent dans un terrain qu’ils peuvent parcourir les yeux fermés. Ce sont leurs montagnes et ils y combattu les Britanniques, les Russes et les Pakistanais. Les Arbakaï sont les combattants protecteurs de la tribu et on leur enseigne l’art de la guerre dès la naissance.

Dans notre culture, quand un garçon naît, on tire en l’air, explique Haji Abdul Ghafoor. Et ensuite on arme le fusil aux oreilles du garçon, il entend le clic du fusil et il découvre le bruit des armes. L’enfant naît avec une arme dans les mains.
A 16 ans, l’adolescent peut devenir Arbakaï… Les habitants de la vallée de Jaji suivent une tradition vieille du Moyen-âge. Deux ou trois hommes par famille sont recrutés et doivent ensuite répondre à l’appel de la tribu si les chefs estiment la vallée menacée.
Petite série de citations intéressantes:
On choisi les hommes très courageux, ceux qui n’ont pas peur de mourir. Quand on part au combat, même si on n’a pas de nourriture pendant une semaine, nous devons rester au front.
Nous sommes de nature différente, nous avons une sorte de folie. Si un homme quitte le combat, celui qui est en arrière lui tirera dessus.
Quand nous sommes attaqués, les Arbakaï sont réunis au son du tambour de guerre et nous partons au combat.

Les Arbakaï ont donné leur vote au Président Hamid Karzaï et soutiennent son autorité. En échange, le gouvernement afghan les laisse garder leurs armes et assurer la sécurité de la vallée. Mais il n’a de toute façon pas tellement le choix parce que les autorités afghanes ne peuvent pas perdre le soutien de milliers de combattants.
Chaque gouvernement est responsable de la sécurité de son territoire et de sa population, remarque Mohamad Akbar Hakmal. Mais comme notre gouvernement est jeune, il est très faible en ce qui concerne la sécurité. Ici, sans les Arbaky, le gouvernement ne pourrait rien faire et il en est bien conscient.
Une entente fragile aujourd’hui remise en question. La pauvreté, le chômage et la corruption attisent les rancoeurs et il est possible, si la population ne voit pas d’amélioration dans son quotidien, que les tambours de guerre résonnent de nouveau dans la vallée, mais cette fois contre le gouvernement afghan.


Voici l’entrée de la vallée d’Uzbin, plus précisemment la route pour aller à Spir Kundi, là où dix soldats français ont été tués le 18 Juillet. Nous sommes à l’extrême Est de la province de Kaboul. Quelques jours après l’attaque, on voit encore des troupes françaises en sortir: la tension est évidente: visages masqués, armes sorties, pointées sur la route.


Mohamad Amanullah, policier.
C’est dangereux là-bas. Très… Plus on s’approche, plus il y a du danger. Parce-qu’il y a des Taliban. Il y aussi beaucoup de combats entre eux et les soldats français.
Il est trop risqué de s’y rendre et il a été très difficile, depuis l’attaque, de savoir ce qu’il se passe vraiment dans la zone. Les troupes françaises disent avoir tué 80 Taliban. Mais le mot Taliban que nous utilisons tous aujourd’hui est un fourre-tout qui définit mal les combattants auxquels font face les forces étrangères et afghanes. Après être revenus à Surobi à plusieurs reprises, après avoir parlé à des témoins des combats, des officiels afghans, des soldats français et des “Taliban”, une chose a été confirmée: les assaillants étaient des Taliban locaux, des hommes du Hez-e-Islami (une faction qui, pendant la guerre civile, combattait les Taliban), des anciens mudjahiddin (alliés au commandant Massoud) et des villageois. Tous, se sont associés pour attaquer les soldats français. La lutte semble, depuis un an, prendre un tournant nationaliste. Et, une des raisons, avec la criminalité, la corruption, la pauvreté, l’incurie du gouvernement afghan est l’augmentation des victimes civiles des combats.
Direction l’hôpital le plus proche, dans la province voisine du Laghman. Une semaine durant, après la mort des soldats français, on y a reçu des civils victimes des combats auxquels ont participé les Français. Une vingtaine d’Afghans et d’Afghanes d’un même village, situé à une dizaine de kilomètres de la vallée d’Uzbin s’y sont fait soigner.

Tous les patients ici ont été victimes de bombardements, raconte le médecin en chef Asadullah Raouf. Il y a des hommes, des femmes et des enfants. La majorité a été blessée par des éclats de shrapnels, de métaux, pas par des balles.

Les hélicoptères sont arrivés et ont tiré sur notre maison, raconte Habibi, une jeune femme au pied et poignet bandés, tâchés de sang séché. Ma fille aussi a été blessée. Pensez-vous que nous ressemblons à des guerriers?
Depuis le début de l’année, plus de 900 civils ont été tués dans les combats entre insurgés et forces afghanes et étrangères. Ce bilan approximatif ne fait qu’augmenter de façon exponentielle, tout comme la rage de la population afghane. Et les rangs de l’opposition armée grandissent: les villageois aussi prennent les armes.


Vendredi 13 Juin, des combattants Taliban ont réalisé une spectaculaire évasion en plein coeur de la ville de Kandahar, la deuxième la plus importante du pays. Un premier kamikaze au volant d’un camion-citerne bourré d’explosif s’est jeté contre l’entrée principale de la prison de Kandahar. Un deuxième kamikaze s’est fait sauter de l’autre côté de l’enceinte, ouvrant une brêche utilisée en porte de sortie par une trentaine de combattants arrivés à motos avec armes légères et lances-roquettes. Ils ont libéré tous les prisonniers, dont 400 de leurs combattants. Au total, entre 900 et un millier d’hommes dans la nature, que les forces afghanes ne retrouvent pas (à part une quinzaine, tuée dans des combats).

Une opération prévue deux mois plus tôt, organisée sur le mode “commando” et qui ne nécessitait finalement pas beaucoup d’hommes pour réussir. L’histoire de l’attaque a donc fait le tour des média du monde entier et embarrassé les autorités afghanes. Le centre de Kandahar est censé être sous contrôle du gouvernement, pourtant l’opération a duré une heure sans que personne n’intervienne.
Un changement des tactiques de combat des Taliban dont le virage s’est réellement opéré en janvier dernier, avec l’attaque du Séréna, l’hôtel le plus luxueux de la capitale, accueillant responsables de gouvernements afghan et étrangers. Un lieu symbolique et une attaque, pour la première fois, très médiatique et médiatisée. Même modus operendi: des kamikazes à l’entrée pour surprendre puis un commando d’hommes en armes qui investit les lieux.
Les Taliban disent depuis plusieurs mois préparer des opérations dans les principales villes d’Afghanistan, mais ces attaques sont bien différentes des bombes posées au bord des routes, qui explosent au passage des convois des forces étrangères et afghanes ou des embuscades éclairs.
Qari Yussuf Ahmadi, le porte-parole des taliban pour le Sud du pays a déclaré que les Taliban avaient changé leur stratégie de combat: nous continuons notre combat physique, mais nous lançons aussi un combat mental. Nous voulons détruire l’espoir que les forces afghanes ont dans leur gouvernement. Les autorités afghanes et les forces étrangères n’ont pas de réponse à apporter.
Les Taliban commençent une guerre psychologique…


Celui qui a eu le argent a fait la route comme ça, de très mauvaise qualité. Vous le voyez de vos yeux, la route est toute abîmée, dit un vieil Afghan à la barbe blanche en pointant du doigt l’asphalte détruit de la route qui passe devant sa maison, dans la province de Kapisa, à deux heures de la capitale afghane. La route principale qui conduit du centre aux districts éloignés est en construction depuis un an, pourtant, plus aucun ouvrier n’y travaille.

Regardez, montre Mohamed Jabar, le chef des programmes pour le Ministère du développement de la province de Kapisa. Ils ont construit ce pont mais il a une très faible résistance et il s’écroule quand les voitures roulent dessus. La construction a été faite à la vas vite, avec du matériel de mauvaise qualité. Le ministère afghan du développement a donc suspendu l’entreprise chargée de faire la route et a lancé un nouvel appel d’offre. Un projet de 3 millions de dollars financé par les Etats-Unis, pour quelque 40 kilomètres de chaussée. Un exemple parmi d’autres qui pose la question de l’efficacité de l’aide en Afghanistan.

Pour avoir et garder la confiance des Afghans, il faut vraiment livrer ce dont ils ont besoin partout dans le pays, explique Chris Alexander, le numéro deux de la MANUA, la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan. Et il faut vraiment être très franc en décidant quel organisme, quel programme a été efficace, a livré la marchandise et lesquels l’ont été dans une moindre mesure. Une question qui a dû être au cœur des discussions à la conférence de Paris. L’argent de l’aide est utilisé en Afghanistan par des organisations internationales, des ONG mais pas seulement. Aussi des entreprises privées qui travaillent dans le développement. Un système de financement complexe et souvent opaque. L’année dernière, 1.3 milliards de dollars a été donné par la communauté internationale, mais cette aide ne va pas directement à la population afghane, comme l’explique en quelques chiffre Lorenzo Delesgues, le directeur de l’ONG Integrity Watch Afghanistan. On se retrouve sur 100 euros à avoir 20 Euros de sécurité, 15 Euros de salaires, plus 10 à 15 Euros liés au nombre de sous contractants. Donc nous pouvons nous retrouver avec une différence de déjà la moitié de l’aide qui est partie avant même que le projet soit mis en place. Un coût, dont les organisations internationales sont conscientes, puisque l’objectif de la conférence de Paris et aussi de renforcer le rôle du gouvernement afghan. Et la population en a toujours besoin : l’Afghanistan est toujours classé 5ème pays le plus pauvre au monde par les Nations Unies.

La conférence de Paris sur l’Afghanistan a été l’occasion de faire le bilan de l’aide de la communauté internationale dans le pays. L’éducation est présentée comme une réussite mais beaucoup reste à faire : la moitié des enfants qui en ont l’âge reçoivent une éducation dont la qualité est très discutable et l’autre moitié ne va même pas à l’école primaire.

Le surveillant à la longue barbe blanche et au regard sévère arpente l’unique couloir de l’école, une chambre à air de vélo à la main en guise de martinet pour les élèves turbulents. Pourtant le brouhaha règne dans le bâtiment de plain-pied, poussiéreux et sans électricité. L’école d’Araban-e-Qarqa, en banlieue de Kaboul, accueille plus de 2600 élèves et les salles sont surchargées.

Nous avons en moyenne 60 élèves par classe et c’est beaucoup trop, remarque Modjibullah Rarhmani, le professeur d’anglais. Pourtant le bâtiment est tout nouveau : l’année dernière nous faisions encore cours sous des tentes. Il porte la barbe bien taillée, l’habit traditionnel afghan et quand il parle, ses jeunes élèves l’écoutent avec des regards fascinés. À 30 ans, Modjibullah est passionné par son métier. Nous sommes fiers de soutenir notre pays et nous travaillons dur pour notre pays, pour développer son système éducatif. Après trente ans de guerre, il en a bien besoin, ajoute-t-il avec détermination. Mais je suis payé 48 Euros par mois et ce seul salaire ne suffirait pas à payer les dépenses de base de ma famille. À cause de la forte hausse des prix, les trois quarts de sa paie partent dans le pain quotidien et il a dû trouver un deuxième emploi.


La communauté internationale présente l’éducation comme un succès en Afghanistan, avec 5,4 millions d’enfants scolarisés en 2007, 3500 écoles construites et quelque 14000 enseignants recrutés. Mais il semble qu’on choisissent de faire des chiffres et de privilégier la quantité à la qualité : les étrangers ont amené beaucoup d’argent mais nous n’avons pas vu de profonds changements, reproche Rayona Nuri, la directrice de l’école primaire et secondaire Saydal Nasiri. Notre système éducatif est très ancien n’a pas été réformé. L’argent n’a pas été dépensé pour imprimer des livres, ou augmenter nos salaires. Nous avons donc beaucoup de mal à recruter des enseignants professionnels.

La directrice est pourtant à la tête d’une école flambant neuf, construite dans Kaboul, la capitale afghane. Elle fait le tour des salles de classe occupées par des élèves sérieuses en uniformes noirs et foulards blancs. Elle enseigne depuis plus de 30 ans et remarque que, malgré les difficultés, enseigner à Kaboul est bien plus facile que dans le reste du pays. Dans le Sud et dans l’Est, les écoles récemment construites restent vides. Seuls 3 enfants sur 10 vont à l’école, à cause de la pauvreté, de la hausse de la criminalité et de la violence des combats.
Malgré les discours répétés des USA, la situation “sécuritaire” en Afghanistan ne s’améliore pas. Les Taliban sont toujours plus actifs et en 2007, plus de 8000 personnes sont mortes dans le conflit. À Kaboul, la capitale afghane ultra protégée, les attentats sont certaines moins nombreux, mais plus violents et plus « médiatiques ».

Au cœur de Kaboul, des Taliban se sont infiltrés, avec des armes lourdes et ont attaqué le Président Hamid karzaï. Nous sommes pourtant dans une des villes les plus sécurisées au monde et la présence de la police afghane a été renforcée ces derniers mois. A tous les ronds-points, on voit des hommes en armes et des soldats à chaque points d’entrée de la capitale. Alors comment les attaques des Taliban ont-elles été possibles ? Du côté de l’armée française, dont l’une des missions est de surveiller Kaboul, on apprend que les Taliban ont adapté leurs techniques de combat. C’est ce qu’explique le Lieutenant-colonel Malassinet, chef du Bataillon français en Afghanistan. Ils essaient de multiplier les attaques qu’on appelle « complexes » pour garder un élément de surprise. C’est-à-dire qu’ils utilisent à la fois des tirs de roquettes, éventuellement des kamikazes, et, pourquoi pas, ils complètent avec l’utilisation d’armes de petits calibres pour tirer sur la foule.
Les Taliban sont dans Kaboul. Mais comment font-ils pour se déplacer sans se faire remarquer? Comment font-ils pour franchir les barrages ? Celui qu’on appelle Ahmed est trafiquant d’armes et nous le rencontrons dans un endroit discret. Il souhaite garder l’anonymat, porte lunettes noires et foulard, mais il explique de c’est finalement assez simple de transporter des armes dans la capitale. Je sais où aller dans Kaboul pour que la police ne me contrôle pas. Et s’il y a des contrôles, je les vois de loin et je fais demi-tour, je prends les petites rues et j’évite les postes de police.

Facile donc aussi d’acheter des armes. Le revendeur nous montre un petit échantillon de ce qu’il a en magasin. L’arme à feu la plus courante en Afghanistan. C’est une kalachnikov et ça coûte environ 70 Euros selon la qualité. Le trafiquant remarque qu’il peut s’en procurer beaucoup : c’est facile à obtenir parce que la police ne contrôle pas beaucoup les voitures et que les gens ont encore beaucoup d’armes dans leurs maisons, à Kaboul et en dehors. Et on peut trouver des lances roquettes, des armes lourdes comme ça, mais à l’extérieur. Pas dans Kaboul.
Alors les Talibans, armés de leur lance-roquettes, ont trouvé la parade: ils se sont déguisés en policiers et en soldats pour leurs dernières attaques dans la capitale. Et encore une fois, ce n’est pas tellement compliqué de s’approvisionner. Il faut aller en plein milieu du marché, au cœur de la ville. Ici, on trouve des uniformes de la police et de l’armée.

Zalmaï est tailleur et vendeur d’uniformes et il avoue avec réticence que si on lui donne de l’argent, il peut nous vendre des uniformes de policiers ou de soldats : ça coûte de 50 à 70 Euros pour la panoplie complète. Dans le marché, le trafic règne : les commerçants ont racheté des stocks d’uniformes à leurs propriétaires peu scrupuleux. Et c’est bien la principale faille de la sécurité à Kaboul : la corruption.
Harmatullah est cultivateur. Il est arrivé de Musa Qala, il y a plusieurs jours pour se faire soigner. Et il raconte…

“Quand les combats ont commencé, nous sommes allés chercher nos femmes et nos enfants et on s’est enfui. Mais les hélicoptères américains ont commencé à nous tirer dessus. Ceux qui restaient étaient visés aussi, ils visaient tout le monde… Ma famille et celle de mon oncle ont été tuées.”
Des histoires comme celle de Harmatullah, on en entend beaucoup à l’hôpital public de Kandahar. Et aussi dans l’aile du département de chirurgie réservée aux femmes. Elles viennent souvent de loin. Shafia a mis 4 h pour venir de son village, Sanguisar. Le village où a grandi le mollah Omar. Elle est au chevet de sa fille, Parwin, qui a été blessée dans des combats entre Taliban et forces étrangères.

“On ne sait pas si c’était une grosse balle qui l’a touchée. Une balle ou un éclat. C’était gros comme ça. C’est entré par le côté du ventre et ressorti par sa jambe.”
L’hôpital public de Kandahar est grand: il reçoit environ une centaine de personnes par jour. Relativement moderne, équipé, propre… Une vingtaine de chirurgiens y travaille. Ici, les victimes de combats mais aussi d’accidents ou de crimes arrivent de toutes les provinces voisines, dans le Sud afghan.

Les hôpitaux publics des provinces voisines n’ont que très peu d’équipement et de personnel pour opérer, alors qu’ils sont dans des zones de combats. Tous les blessés ou malades sont donc transférés à Kandahar. C’est le seul hôpital public, gratuit, de la province et il est surchargé… Les 250 lits ne suffisent pas.

L’homme au turban noir se penche sur les tombes, prend du sel posé dans une coupelle, le porte à sa bouche et nous explique:

“C’est la saveur du divin… On a mis du sel par-dessus la terre. On goûte ce sel et Dieu nous donne la santé. Ce sont nos martyrs saints et nous venons ici pour des raisons religieuses. Pour nous, ce sont des Saints alors si quelqu’un a une fièvre ou est malade, il vient ici et sera guéri. Tout le monde, enfants ou vieillards, est guéri…”
La tradition des sanctuaires se retrouve dans tout l’Afghanistan. Les gens pensent que les personnes enterrées sont saintes et que Dieu leur a donné le pouvoir de guérir… Mais ce sanctuaire-ci, en périphérie de Kandahar, est un peu différent des autres. Une quarantaine d’Arabes ayant combattu les Américains aux côtés des Taliban sont enterrés ici.

Même le policier qui garde l’endroit les vénère. Le gardien du sanctuaire est une femme, parce que, dit-on, les hommes ont peur de se faire arrêter en restant ici, d’être accusés d’appartenir à Al-Qaïda et aux Taliban. Elle dit: “Les Arabes sont courageux, ils n’ont même pas été tués par les Musulmans mais par des Infidèles !” On voit sur les tombes des hommes, des femmes, des jeunes, qui viennent se recueillir et les gens veulent être enterrés aux côtés des Arabes.
Ici, les soldats étrangers ne sont pas les bienvenus.

“Ils devraient nous laisser seuls ! Parfois, ils se demandent pourquoi il y a des combats, dans ce district ou celui-là. Mais ce sont eux qui sont responsables des problèmes ! C’est à cause d’eux qu’il y a la guerre !”
Pas besoin d’aller dans un sanctuaire de djihadistes pour entendre ce discours… Ils sont de plus en plus nombreux à Kandahar à être fatigués du conflit et aujourd’hui, ils accusent non pas les Taliban, mais les soldats étrangers d’être responsables des violences. D’amener la mort avec eux…
Les habitants de Kandahar sont de plus en plus critiques vis-à-vis du gouvernement afghan. Ils sont même en colère et on ne parle pas que de la hausse des prix et du chômage.
Une des raisons: la “sécurité” s’est particulièrement dégradée. Et quand on parle d’insécurité, on ne parle pas que des combats, on parle aussi d’une criminalité croissante. On connaît les enlèvements d’étrangers, très médiatisés… Mais on parle peu de ceux des Afghans. Le phénomène est nouveau à Kandahar: les enlèvements d’enfants contre rançons, se multiplient.
Et les histoires ne se terminent pas toujours bien. Cette femme a retrouvé le corps de son fils de 8 ans jeté sur le bas-côté d’une route. Parce qu’ils n’avaient pas eu le temps de réunir l’argent pour payer la rançon.

Istoraï: “Combien de personnes ont été enlevées ou tuées ? Beaucoup d’enfants ont été enlevés ou tués ! Et leur corps ramenés à la famille… Où est le gouvernement ? Il n’y a pas de gouvernement… S’il y en avait un, vous pensez qu’un enfant musulman aurait vécu ça ? Mais il n’y a pas de gouvernement !”
Et les habitants de Kandahar ont peur. Ils ont peur des représailles parce qu’il s’agit d’une criminalité organisée et puissante. Hors caméra, tous, ont parlé de criminels liés ou appartenant à la police, au gouvernement, aux personnes de pouvoir. Des intouchables…

Ce jeune garçon a été kidnappé pendant 3 jours. Le temps pour sa famille de vendre leurs biens, réunir 50000 dollars et payer la rançon. La mère refuse que son nom apparaisse, que les visages soient reconnus…
Et aujourd’hui, on attend de plus en plus ce discours: “au moins, sous les Taliban, il y avait de la sécurité…“